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OPINION. L’histoire de la radicalisation des jeunes Marocains de la diaspora (Dr Mohamed Chtatou)


Par Dr Mohamed Chtatou*

Vendredi 22 Septembre - 22:50

OPINION. L’histoire de la radicalisation des jeunes Marocains de la diaspora (Dr Mohamed Chtatou)


Depuis quelques années, des jeunes Marocains du monde, deuxième et troisième génération, sont impliqués dans des actes de violence et de terrorisme en Europe, à tel point, que plusieurs médias se sont penchés sur ce phénomène pour essayer de comprendre le pourquoi, sachant que le Maroc est un des rares pays qui jouissent d’une stabilité politique durable ( « exception marocaine »), d’une tolérance religieuse exemplaire et qui, depuis belle lurette, combat le terrorisme avec fermeté et acharnement, sur son sol propre et aide parallèlement les pays européens amis, dans ce sens.

Jeunesse délaissée et marginalisée :

Suite aux attentats de Barcelone et de Cambrils, le magazine Jeune Afrique avait consacré la couverture de son média papier, du 27 août 2017, à l’implication des Marocains du monde dans des actes de terrorisme avec un titre accusateur : « Terrorisme : Born in Morocco », qui a suscité beaucoup de d’émotion au Maroc ainsi que beaucoup de critiques et de colère parce que l’adjectif « marocain » a été mal utilisé (1) .

Ces jeunes loups solitaires ou fratries sont, certes, d’origine marocaine mais le Maroc en tant que pays n’a rien à voir avec leur radicalisation. Leur radicalisation a eu lieu en Europe, ce sont donc les pays d’Europe qui sont responsables de leurs actes, pour plusieurs raisons :
  • Leur marginalisation culturelle et professionnelle ;
  • Le racisme latent et nocif ;
  • L’Islamophobie ; et
  • Conflits de générations avec leurs parents généralement autoritaires et patriarcaux.
Pour M. Abdellah Boussouf, Secrétaire général du Conseil de la communauté marocaine à l'étranger (CCME), les Marocains du monde sont des ambassadeurs hors pair et non des personnes de mauvaise réputation (2).


« Les migrations marocaines à l’étranger n’ont jamais été de mauvais augure ou un point de faiblesse pour le Maroc, ceci depuis les premières migrations en tant que voyageurs explorateurs ou pour le savoir, pour les lieux sacrés, ou pour les voyages diplomatiques, jusqu’aux migrations économiques des débuts du siècle dernier à la recherche des opportunités de travail à l’étranger, surtout en Europe. 

Le Maroc a toujours considéré les Marocains du monde ses ambassadeurs à l’étranger, un pilier fondamental du développement durable et une extension de son patrimoine historique et culturel… » 



OPINION. L’histoire de la radicalisation des jeunes Marocains de la diaspora (Dr Mohamed Chtatou)
Couverture de Jeune Afrique numéro 2955 en kiosque du 27 août au 2 septembre 2017

Ces jeunes sont émotionnellement seuls et totalement déstabilisés. Ils n’appartiennent ni à leur pays d’origine et d’extraction, ni à leur pays d’adoption et de naissance, donc, en principe, ils sont un champ fertile pour la radicalisation religieuse par lavage de cerveau.

Depuis l’instauration du Jihad en Afghanistan pour bouter les Soviets hors de ce pays musulman, beaucoup d’organismes religieux tels al-Qaeda, dans le temps, Deash, aujourd’hui, et plein d’autres se sont spécialisés dans la récupération de ses « brebis galeuses » et leur formation et orientation dans le sens de la soi-disant « gloire de l’Islam » par l’engagement des forces « Croisés » salibiyoun et leur destruction pour mériter le paradis et se faire accueillir dedans.


  Formation des futurs terroristes :

La formation de ses futurs terroristes se fait par étapes par des idéologues religieux versés, à la fois, dans la psychologie et la culture religieuse à sens unique. Cette formation a été exclusivement faite en Europe, sans que les services de renseignements européens la détectent, ce qui veut dire beaucoup sur l’efficacité de ces services, dans le passé:
 
  • Première étape : identification des « victimes » :
Ils sont identifiés soi sur le net ou dans les quartiers périphériques ou ghettos par des éclaireurs, sorte de « sherpas » du mal ;
 
  • Deuxième étape : création de liens d’amitié :
Les maîtres terroristes jouent beaucoup sur la psychologie de ses jeunes délaissés et marginalisés, ils les mettent en confiance et à l’aise et loin de toute contrainte. Ils mettent, généreusement, à leur disposition de l’argent et se montrent préoccupés par leur oisiveté, chômage, conflits familiaux, stigmatisation, etc. ;
 
  • Troisième étape : « diagnostique » religieux du mal qui les ronge  :                                                                                                                                                                                                                                                                                       L’acculturation qui n’est autre que la « culture de Satan », civilisation matérialiste de l’Occident qui encourage les jouissances et les vices physiques et corrompt l’âme totalement. Les maitres formateurs expliquent aux jeunes que Dieu a gratifié les non-musulmans sur terre par l’opulence, les richesses et les plaisirs pour les tester mais ils ont rejeté, ignorés, et combattu la « vraie » religion qu’est l’Islam, conséquemment ils sont damnés pour l’éternité et les combattre est une action licite Hallal et est la culmination du Jihad. Pour les « bons » Musulmans, combattant pour la gloire de l’Islam, le paradis jennah leur ai promis avec ses jouissances et ces vierges houris, d’après la littérature jihadiste ;
 

OPINION. L’histoire de la radicalisation des jeunes Marocains de la diaspora (Dr Mohamed Chtatou)
Lieu de l’attentat de Barcelone du 17 août 2017

  • Quatrième étape : Formation idéologique des jeunes :
Les recrues sont formées à croire que tous les maux du monde islamique sont dus aux chrétiens nasara, qui sont des infidèles kouffars qu’il faut combattre sans ménagement et tuer sans pitié. Ils se sont dressés contre l’Islam, inlassablement, depuis sont apparition : la reconquista, les croisades, l’abolition du califat Ottoman, la promesse de Balfour, la colonisation, et la spoliation de Palestine (3). Les chrétiens ont tué les Musulmans, ils les ont asservi et émasculé, pour barrer la route à la progression de l’Islam et sa gloire, donc, se venger d’eux est un devoir religieux et une nécessité culturelle imminente ;
 
  • Cinquième étape : insensibilisation
Les recrues par, lavage du cerveau intensif, deviennent insensibles à la douleur, à la mort horrible, à la violence gratuite et aux supplices. Ainsi, ils sont convertis en automates, prêts à exécuter n’importe quelle mission ou sale besogne ; et
 
  • Sixième étape : le martyr
La dernière étape c’est la conversion des recrues en machine à tuer. Ils sont formés à croire que leur mort pour la gloire de l’Islam est un martyr, istichehad, qui leur ouvrira grande la porte du paradis et les gratifiera de l’éternité.
L’Islam, en tant que tel, n’a jamais été une religion de violence et de mort pour une gloire présumée. L’Islam  est une religion de paix, de cohabitation et d’amour et de respect d’autrui.

Jeunesse amazighe martyrisée

Dans les années 50 du siècle dernier, l’Europe, en pleine reconstruction grâce à la largesse américaine du Plan Marshall, avait grandement besoin de bras forts pour cette besogne. Encore une fois, après l’embauche des Amazighes de l’Afrique dans les armées européennes pour la défendre contre le nazisme, le vieux continent s’est tourné vers cette peuplade pour sa reconstruction. Ainsi, des recruteurs ont sillonné les montagnes de l’Afrique du Nord à la recherche de jeunes mâles amazighes fort et en bonne santé, réputés pour leur endurance et leur sérieux. La majorité de ses jeunes étaient illettrés et beaucoup ne parlaient que l’Amazigh.


Arrivés en Europe, ils sont d’abord logés dans des ghettos. Quelques années après, ils retournent au bled, en vacances, avec de l’argent et plein de cadeaux et parlent généreusement de « l’Eldorado européen », tout en suscitant l’admiration et la jalousie de ceux qui sont restés derrières, qui à leur tour vont faire des mains et des pieds pour immigrer. Dans certains clans du Rif, comme Iherassen des Gzennayas, vu la difficulté d’acquérir un passeport monnayé par les officiels véreux, des dizaines de mâles rifains qui portent le même nom de famille ont utilisé le même passeport en changeant la photo pour immigrer au su, bien sûr, des gouvernements européens, qui avaient fermé les yeux parce qu’ils avaient grandement besoin de cette main d’œuvre bon marché.


Pour mieux accommoder ses immigrés, l’Europe avait permis, dans les années 70 du siècle dernier, le repatriement familial. Ainsi, des jeunes sont nés en terre européenne et grandit dans des démocraties libérales. Certains en ont profité pour étudier et devenir des cadres mais beaucoup ont mal tourné et on prit le mauvais chemin : vente de drogue, vol à la tire, escroquerie, crime organisé, etc. suite à quoi ils ont été arrêté a plusieurs reprises par la police et fichés. A la longue, ces jeunes sont devenus des brebis galeuses et, à la différence de leurs parents attachés au pays, ils ont eu un grand problème d’identité. Se sentant isolés de leurs familles, trop traditionnelles, et leur pays européen, raciste et stigmatisant.

Ainsi, cette jeunesse traumatisée culturellement et psychiquement devint une proie facile à la portée des centrales terroristes islamistes d’inspiration wahhabite et ayant accès à la manne de pétrodollars des pays du  Golfe. Une fois dans les bras de ses vendeurs de mort violente, enveloppée dans un Islam défiguré et idéologisé, ils furent gratifiés par l’argent facile et l’identité tant recherchée et souhaitée, avec, en bonus, la promesse alléchante du paradis et de ses innombrables délectations.

Amalgame médiatique

Beaucoup de supports médiatiques occidentaux en mal d’Islamophobie et de sensationnalisme journalistique on précipitamment lié ces jeunes victimes du terrorisme et de l’Islamisme à leur pays d’origine culturelle : le Maroc.

OPINION. L’histoire de la radicalisation des jeunes Marocains de la diaspora (Dr Mohamed Chtatou)
Les montagnes Rif

Ainsi, une journaliste américaine nommée Leela Jacinto a pondu un article fallacieux intitulé : « Morocco’s outlaw country is the heartland of global terrorism » (Le territoire hors-la-loi du Maroc est le cœur du terrorisme global), publié le 7 avril 2016 par le très sérieux journal électronique américain (4) Foreign Policy et repris le lendemain par Chicago Tribune.

Cette soi-disant journaliste avait parcouru le Maroc à la va-vite et n’ayant aucune connaissance de base de la  culture amazighe imprégnée de tolérance, respect de l’autre et du sens de cohabitation, depuis 5 000 ans, est arrivée à la conclusion hâtive et non-documentée que le Rif marocain est indéniablement le cœur du terrorisme global, pour la simple raison que las apprentis terroristes de Daesh, ces dernières années en Europe, sont lointainement d’origine rifaine mais nés et élevés en Europe. Comment, logiquement parlant, condamner un pays d’origine pour le comportement violent  de gens dont les parents sont issus de ce pays mais nés et élevés dans des contrées européennes ?

Dans le temps, j’avais répondu à cet article fallacieux par un écrit documenté (5) que j’avais envoyé à ces deux supports précités, mais malheureusement ils n’ont jamais publié ce travail dans le cadre du « droit de réponse » comme quoi la presse occidentale cultive ouvertement les préjugés et les stéréotypes, sans ambages et sans remords. En réalité, ce fait est indéniablement une vérité de Palisse. Et pour ceux qui croient que la presse occidentale est un exemple de droiture et de probité, un tel comportement partial leur donnera à réfléchir longuement. »

 
 

OPINION. L’histoire de la radicalisation des jeunes Marocains de la diaspora (Dr Mohamed Chtatou)
Carte du Rif

* Vous pouvez suivre le Professeur Mohamed Chtatou sur Twitter : @Ayurinu




Notes :

( 1) http://www.jeuneafrique.com/467510/politique/terrorisme-ce-quil-faut-savoir-sur-la-filiere-marocaine-qui-a-commis-les-attentats-en-catalogne/
(2) http://www.atlasinfo.fr/Les-Marocains-du-monde-ces-ambassadeurs-hors-pair_a84229.html

« Les étoiles du Royaume brillent dans les cieux du tourisme et de l’investissement, par les noms des jeunes marocains travaillant dans les centres et agences de l’aéronautique et de l’espace aux Etats-Unis, au Japon et en France, comme Kamal Oudrhiri à l’Agence américaine NASA, Rachid Amrousse à l’Agence d'exploration aérospatiale japonaise Jaxa, Ahmed Bachar au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) en France, Nacer Ben Abdeljalil qui a porté le drapeau marocain au sommet de l’Everest dans les montagnes de l'Himalaya, ou encore Merieme Chadid, astronome et première femme arabe à mettre les pieds dans l'Antarctique lors d’une mission scientifique et d’exploration, Asmae Boujibar, la première femme arabe à intégrer la NASA… Sans oublier le chef de file des scientifiques marocains du monde, le chercheur Rachid Yazami, inventeur de l'anode graphite pour les batteries lithium-ion. 

Khalid Rahilou, Badr Hari, Mustapha Lakhsem et bien d’autres champions des arts martiaux se sont tous illustrés sur la scène internationale. Pour leurs victoires, l’hymne national a été chanté, comme pour celles d’Abdeslam Radi, champion des courses de fond, ou de la perle noire, Larbi Ben Barek, footballeur hors-pair. Des noms marocains dans différents sports qui ont conduit des équipes européennes, américaines et asiatiques sur les podiums, comme Abdellatif Benazzi, capitaine de l’équipe de France de Rugby. 

Gad El Maleh, Jamel Debbouze, Said Taghmaoui et Red One sont des étoiles qui ont brillé dans les cieux du septième art, de la musique et de l’humour et qui ont marqué leurs noms d’une pierre blanche dans plusieurs festivals mondiaux et scènes artistiques internationales. 

Rachida Dati, Najat Belkacem, Myriam El Khomri, Ahmed Boutaleb, Samira El Aouni, Fatima Houda-Pépin, Mounir El Mahjoubi et tous ces députés, conseillers des ministres, des maires des villes européennes, des institutions internationales, des think tank, des instituts de sondages. 

Toutes ces compétences, ces cerveaux marocains dans le monde que nous ne pouvons pas compter sont l’image lumineuse du Maroc à l’étranger. Sans oublier de rendre hommage à deux enfants de l’immigration marocaine, deux brillantes compétences victimes du terrorisme et de la haine, l’architecte Mohamed Amine Benmbarek, décédé dans les attentats à Paris en 2015, et l’artiste-photographe Leila Alaoui, tuée à Ouagadougou en 2016. » 


 (3) https://www.moroccoworldnews.com/2017/05/217557/muslims-angry-with-western-world/
(4) http://foreignpolicy.com/2016/04/07/the-rif-connection-belgium-brussels-morocco-abdeslam/
“At the heart of terrorist strikes  across the world over the past 15 years lies the Rif. A mountainous region in northern Morocco, stretching from the teeming cities of Tangier and Tetouan in the west to the Algerian border in the east, the Rif is an impoverished area rich in marijuana plants, hashish peddlers, smugglers, touts, and resistance heroes that has rebelled against colonial administrators, postcolonial kings, and any authority imposed from above. For the children of the Rif who have been transplanted to Europe, this background can combine with marginalization, access to criminal networks, and radicalization to make the vulnerable ones uniquely drawn to acts of terrorism.
The Rif’s links to jihadi attacks probably first came to light in 2004 following the March 11 Madrid bombings, when it was discovered that nearly all of the plotters had links to Tetouan. Three years after the Madrid attacks, when reporter Andrea Elliot, in an article  for the New York Times Magazine, visited that hardscrabble city in the heart of the Rif, she found a number of Tetouan youth, inspired by the Madrid bombers, making their way to Iraq to wage jihad on U.S. troops with al Qaeda in Iraq, the precursor to the Islamic State.”
(5)  https://www.moroccoworldnews.com/2016/04/184640/moroccos-rif-region-is-not-an-outlaw-country-and-certainly-not-the-heartland-of-global-terrorism/
“Yet again, Western journalism goes sensational and culturally insensitive when dealing with the Muslim world. One wonders whether it is out of sheer ignorance or the calculated aim to inflict pain and cause panic.Being a native son of the Rif region of northern Morocco and a cultural anthropologist and linguist, who has worked on the culture of the area for over 40 years, I was truly flabbergasted by the sensational nature of a piece of journalism entitled Morocco’s outlaw country is the heartland of global terrorism ,” written by Leela Jacinto, published first by the very serious electronic journal Foreign Policy on April 7, 2016 and picked up later on by Chicago Tribune  on April 8, 2016.It is an established truth and a known fact that the press in general goes for catchy titles to attract readers and consequently sell its product. But, the truth of the matter is that the article in question goes beyond that to give false information through sensational language. The journalist unabashedly uses two wrong pieces of information:
  • “Morocco’s outlaw country” in referring to the northern region known geographically and culturally as the Rif; and
  • “Heartland of global terrorism” as if all known terrorism originates in this area.
These two phrases carefully chosen by the author and espoused by the editor of the FPjournal open the floodgate to swamp the reader with a series of misconceptions and fallacies and encourage Islamophobic tendencies, already at their height in the West. Unfortunately, the journalist used Trump-like rhetoric to, unwillingly, perhaps, scare the readers and make them dislike Muslims further and, consequently, make the life of the latter, even more difficult in the West.The unfortunate choice of the above-mentioned phrases not only strengthens existing stereotypes about Muslims in the Western world, but also spreads untrue information about a country like Morocco, a kingdom that has always been a faithful and reliable ally of the West for centuries, not to mention, of course, that it is, probably, the only stable political entity in the Arab World, today, in the aftermath of Arab uprisings.I get the impression that the journalist whizzed through the Rif and Morocco and collected information from lay people and wrote her piece without taking the time to discuss the thorny issues she deals with, with Moroccan experts. The end result is a piece of journalism alarmist and false and, ultimately, noxious to the country, to be taken with a pinch of salt through and through.However, one wonders why on earth Foreign Policy published such a piece without making the effort of checking the veracity of its content. Has this publication been contaminated by Trump-like ideology, fashionable these days in America and Europe, intent on demonizing overtly Islam and Muslims?”





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