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OPINION. Le Hirak du Rif, une étape supplémentaire vers un Etat de droit (Par Mohamed Aadel)


Lundi 25 Juin - 22:53

OPINION. Le Hirak du Rif, une étape supplémentaire vers un Etat de droit (Par Mohamed Aadel)

Par Mohamed Aadel

 -« – Qué va, dit le gamin. Y a beaucoup de bons pêcheurs, et puis y a des très grands pêcheurs. Mais y en a qu’un comme toi. (…)
– Peut-être que je ne suis pas aussi costaud que ça, dit le vieux. Mais je connais des tas de trucs, et je suis têtu. »

Dans Le vieil homme et la mer, Ernest Hemingway met en scène une lutte acharnée que mène un vieil homme face à l’océan pour qui cette lutte est presque une question de survie. Le vieil homme ne veut rien abandonner, ne rien lâcher. Tout se passe devant le regard d’un petit enfant comme s’il s’agissait d’un enseignement à retenir ou d’une leçon à apprendre.

Quand j’observe ce qui se passe ces dernières années au Maroc, avec tous ces Hirak qui apparaissent ici et là, je ne peux m’empêcher de penser et de faire une analogie avec le vieil homme d’Hemingway pour qui la lutte est un des attributs de l’existence humaine. 

En octobre 2016, naît un mouvement de contestation au Nord du Maroc qui prend le nom de « Hirak ». Quelques jours suffisent pour que ce mouvement prenne de l’ampleur et se forge une place importante dans la presse internationale. Les habitants de la ville d’Al-Hoceima et ses environs ne revendiquent à vrai dire que des changements socio-économiques : Transparence politique, création de l’emploi, installation d’hôpitaux, fin de la corruption, un Etat égalitaire, etc. Un combat naît.

Bien que les revendications sont strictement socio-économiques, et que les buts de ce mouvement sont clairement identifiés, il me semble que cette lutte a été prise en otage par des discours essentiellement identitaires. Le hic est, que lorsque l’on fait appel à ce genre de discours, nous mobilisons des références qui ne peuvent avoir comme conséquence que le désengagement de beaucoup de personnes qui ne se sentent pas concernées par cet aspect. A ce stade, je pense qu’il serait intéressant d’identifier les causes de la lutte que nous menons ainsi que le but que nous cherchons à atteindre. Si le but est d’édifier un Etat de droit, alors il faudra mobiliser l’ensemble des forces concernées par ce but. L’identité respective de chaque région ne doit pas être un frein à une mobilisation collective mais une énergie qui donnerait de la force à aller de l’avant. A contrario, si le but est de réaliser des revendications proprement identitaires, alors la lutte est perdue d’avance car elle fera face à des désunions internes qui finiront tôt ou tard par l’éteindre.

Il semble que le Hirak du Rif s’est trop régionalisé. Au moment où il aurait pu s’élargir pour toucher l’ensemble des Marocains qui sont tout aussi victimes de nombreuses inégalités. Prenons l’exemple du boycott, au moment où la société Central-Danone a décidé d’augmenter ses prix, la majorité de Marocains se sont mobilisés et ont décidé de réagir face à cette décision et ont fini par leur infliger des pertes non négligeables. Cette victoire est due au fait que tous les Marocains ont réagi spontanément qu’ils habitent le Nord ou le Sud, l’Est ou l’Ouest. Quand une mobilisation s’élargit, elle est plus forte et quand elle se réduit à une région elle risque de s’étouffer et de mourir.

Néanmoins, qui peut être tenu pour responsable de cette régionalisation des luttes ? Est-ce l’erreur du Hirak du Rif de ne pas s’être élargi au reste du Maroc ou à l’ensemble des Marocains de ne pas avoir su s’engager pour que cette lutte soit aussi la leur ? Quoi que l’on puisse dire, il me semble que la responsabilité est partagée ! Tout le reste du Maroc devait se mobiliser, et non pas seulement se contenter de quelques soutiens ici et là, car tout compte fait les revendications des habitants du Rif sont très similaires aux revendications de tous les Marocains. En outre, la libération des prisonniers du Hirak du Rif ne doit pas être l’affaire des habitants du Nord seulement mais doit concerner tous les Marocains car il s’agit d’une affaire nationale. Toutefois, il ne faut tout de même pas perdre de vue que les autorités marocaines font tout leur possible (à travers la propagande) pour que les Marocains ne s’identifient pas au Hirak du Rif !


A chaque génération son Hirak !

Les soulèvements, les révoltes et les demandes de changements ont toujours eu lieu au Maroc. Bien que cela soit sporadique, il y a toujours eu des femmes et des hommes qui décident de se soulever pour exiger des changements socio-économiques. Depuis 1956, il y a eu des milliers de personnes soit disparues soit emprisonnées car elles voulaient vivre une vie digne où tous leurs droits seraient respectés. On peut dire par là que le Maroc a, depuis l’indépendance, fait face à plusieurs Hirak comme si les générations communiquent à travers le temps pour construire ensemble ce rêve qui est cet Etat de droit. On assiste là à une continuité du passé vers le présent.

Le vieil homme d’Hemingway est indifférent au temps, ce qu’il veut c’est son espadon, et pour cela, il est prêt à défier l’océan. Il le veut et l’exige, quel qu’énergie que cela puisse demander car, comme il le dit lui-même, « je suis têtu ».

- « l’homme ne doit jamais s’avouer vaincu (…). Un homme, ça peut être détruit, mais pas vaincu. ».

La lutte et la résistance sont une affaire de courage. L’enfant, symbolisant la nouvelle génération semble saisir les leçons du vieil homme, il lui appartiendra désormais de prendre le flambeau pour continuer le chemin qu’il lui a tracé et aller de l’avant, vers le but.
Je pense que les Marocains ont raté l’occasion de s’engager pleinement dans les Hirak du Rif et de Jerada. La marocanité n’est pas le fait de porter le même drapeau mais le fait d’être révolté par rapport à une injustice qui toucherait un concitoyen sans prendre en considération la région d’où il vient ou son identité.

Le Hirak n’est pas mort, il s’endort de temps en temps puis réapparaît à des endroits différents. Il revêt des formes différentes, eu égard aux particularités identitaires de chaque région, mais il s’agit toujours du même Hirak, du même mouvement qui voyage dans le temps à la recherche du but final : Un Etat de droit.

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