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Il ya 53 ans mourait Abdekrim El Khattabi, l’Emir de la république du Rif

Publié le 7 février 2016 à 20:47 Il ya 53 ans mourait Abdekrim El Khattabi, l’Emir de la république du Rif

Le 6 février 1963, Abdelkrim El Khattabi, décède au Caire, dans un exil «choisi», après avoir vécu embastillé par la puissance coloniale française durant 20 années, de 1927 à 1947, à l’Ile de la Réunion.

Guevara sur les pas du guerrier rifain

Abdelkrim, parce que la postérité a retenu plus le prénom que le nom, un peu comme pour Guevara on n’a retenu que le «Che», Abdelkrim est nôtre «Che», à nous, Maghrébins.

Si on fait le lien entre les deux personnages, c’est pour signaler leur proximité de combat : l’anti-impérialisme.

Guevara, lui-même reconnaitra en Abdelkrim son prédécesseur, lorsque, en visite au Caire, en 1959, un an après la victoire de la révolution castriste de 1958 contre la dictature de Batista, il demandera à rencontrer l’exilé «rifain» du Caire : Abdelkrim El Khattabi.

Pour la petite histoire, c’est par l’intermédiaire d’un certain Alberto Bayo que Guevara et ses compagnons vont prendre connaissance de  »L’épopée d’or et de sang » d’Abdelkrim (c’est le titre d’un livre écrit par Zakiya Daoud en 1999).

Bayo a participé dans les rangs de l’armée à la guerre du Rif, mais il était parmi les rares responsables militaires à sympathiser avec les résistants «rifains». Il se retrouvera dans les rangs «républicains» durant la guerre civile espagnole de 1936 contre les fascistes de Franco, dans les rangs des résistants durant la deuxième guerre mondiale et au début des années 50 au Mexique aux côtés de Fidel Castro, Raul Castro et Che Guevara. Castro raconte que c’est Alberto Bayo qui les a initiés à la lutte de guérilla dont il a fait ses premières armes dans le Rif marocain.

La rencontre entre les deux guérilleros n’a pas reçu la publicité qui sied à ce type de rencontre et même les photos prises à cette occasion ont été soustraites par les autorités consulaires marocaines, dans la bonne tradition stalinienne effaçant des clichés des photos de la révolution bolchévique ou de la révolution chinoise les visages des «vaincus», ceux des «vaincus» chinois, du fait de la nomenklatura maoïste.

Abdelkrim comme beaucoup de combattants révolutionnaires, même morts, font encore trembler les fondations des pouvoirs qui se sont consolidés dans le déni de leur contribution à la lutte contre la domination coloniale impérialiste.

Dans les rangs des « oubliés» et des «vaincus»

En Tunisie, c’est l’épopée «Youssefiste» qui est passée à la trappe, avec comme prix, l’exécution de nombreux partisans de Salah Ben Youssef et l’assassinat de ce dernier à Francfort en 1961. En Algérie, ce fut l’effacement de tout un pan de l’histoire anticoloniale avec de nombreuses figures comme celle d’un des fondateurs de l’Etoile Nord-africaine : Messali Hadj et tant d’autres qui sont tombés dans l’oubli, liquidés physiquement pour nombre d’entre eux. Et comme par hasard, un fil rouge court entre ces «oubliés», ces «vaincus» de l’Histoire et remonte à Abdelkrim.

Capture d’Abdelkrim El-Khattabi. L’unificateur des luttes maghrébines Abdelkrim est notre Blanqui à nous et sa résistance à l’oppression coloniale notre «Commune du Rif». Il tenu tête à l’armée espagnole dans sa guerre d’invasion du Rif marocain et obtint même une victoire, celle de la bataille d’Anoual en 1921, où le général Sylvestre fut défait, avec des pertes, dans le camp espagnol, estimés à 17.000 morts.

Cette première défaite d’une armée impérialiste eu un écho jusqu’en Inde où Gandhi a salué la victoire des résistants rifains et jusqu’en Indochine où Ho Chi Minh reconnut en Abdelkrim son frère d’armes. C’est le même Ho chi Minh qui de Paris va organiser avec l’aide du jeune Parti communiste la solidarité des travailleurs issus des colonies en faveur des résistants marocains. Cela était d’autant plus nécessaire que la puissance coloniale française qui occupait la moitié sud du Maroc déclara à son tour la guerre à Abdelkrim et ses guérilleros. Et c’est le Maréchal Pétain qui prit les commandes de l’offensive française en remplacement du général Lyautey, jugé «trop mou». Pour venir à bout de cette résistance armée, on n’hésita pas à utiliser les bombardements chimiques avec l’utilisation du fameux gaz «Hypérite», dit aussi«gaz moutarde», utilisé abondamment et dont les effets se font encore sentir dans le Rif, aujourd’hui.

De cette solidarité qui dura jusqu’à la reddition d’Abdelkrim en 1926, va naître, à Paris, cette même année : l’Etoile Nord-Africaine.

Cette Etoile Nord-africaine va organiser les travailleurs d’origine maghrébine dans un cadre de lutte commun avec comme programme : la libération de l’ensemble des trois colonies du Maghreb. L’idéologie et le programme de cette Etoile Nord-Africaine s’inspire de l’épopée d’Abdelkrim et de ses mots d’ordre unificateur.

Abdelkrim Khattabi et Mohamed V. Au moment de sa reddition, il aurait eu ces paroles prémonitoires : «S’il y avait eu, en Algérie et en Tunisie, et en même temps qu’au Rif, une résistance équivalente, l’histoire se serait écrite autrement.» Guevara ne disait pas autre chose quand il appelait au moment de la guerre vietnamienne à ce que«naissent un, deux, trois Vietnam!». C’est l’idée de disperser les forces de l’ennemi pour mieux le combattre.

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